Paco Dècina est né à Naples, sur les terrasses de Chiaja qui s'inclinent vers le golfe, le Vésuve et Capri. Alors qu'il entreprend des études scientifiques, il découvre la danse avec la rencontre du chorégraphe américain Bob Curtis qui va l'initier aux techniques afro-cubaines. A Rome, il travaille la danse classique avec le chorégraphe Vittorio Biagi, et bientôt il est engagé dans d'autres compagnies. Il se rapproche de la danse contemporaine et travaille les techniques américaines. En 1984, il s'installe à Paris et devient, deux ans plus tard, professeur de danse au Conservatoire municipal de Champigny-sur-Marne.

En 1986, il fonde la compagnie Post-Retroguardia et obtient en juin 1987 le prix de Chorégraphie de la Ménagerie de Verre avec Tempi morti, une pièce nostalgique et nonchalante créée pour cinq danseurs (Milan 1987).

Circumvesuviana - du nom du train desservant les villages au pied du Vésuve - est présenté en février 1988 au Théâtre d'Ivry, et fait découvrir Paco Dècina au public. Interrogeant les frontières (où commence le Sud ?), la pièce évoque, à travers une certaine lenteur, une image du sacré et du profane propre aux gens du Sud, l'impalpable, l'insaisissable et utopique.

Scilla e Cariddi (TGP, 1990) accomplit un tournant décisif. Engageant la compagnie dans le passage tourmenté et intime du détroit de Messine, Paco Dècina va retenir une façon de mettre en scène le corps et l'image. Vestigia di un corpo voit ainsi les corps engloutis par Scilla e Cariddi se morceler à la mémoire d'une récente barbarie. Créée en septembre 1991 à Quimper, la pièce invite à un voyage au bout de la nuit, "là où peut Émerger silencieusement, et par strates mises en images, toute une mémoire du corps et de son histoire, le souvenir des ombres menaçantes d'un corps social totalitaire".

Cette langueur méditerranéenne, pudiquement sensuelle, qui s'insinue et traîne au creux des corps ressurgit dans Ombre in rosso antico, présentée en octobre 1989 au Centre d'art contemporain du Carré Saint-Vincent à Orléans. Avec ces trois premières pièces s'affine déjà "un net penchant pour la rêverie qui incline les gestes vers des motifs ou des postures évoquant les mosaïques byzantines; les corps en suspens oscillent de l'animé à l'inanimé et témoignent d'un intérêt particulier pour la mémoire, le quotidien, les symboles".





Cirella, 1965






Ex-voto. Sanctuaire de Madonna dell Arco. Début du XVIIème sur fond de Vésuve en Éruption, au premier plan Dame orante en fuite dans son carrosse
   

Interviewé sur le rôle du danseur, Paco Dècina déclare : "La danse a un devoir social. Le théâtre est un des derniers lieux où quelqu'un prend le temps de se rencontrer lui-même à travers un spectacle ; c'est un moment de réflexion privilégié sur la façon d'être au présent. Le spectateur doit pouvoir retrouver une part de sa propre histoire dans ce qu'il voit. Sinon, c'est une danse qui offense l'homme dans le spectateur".

Comme un défi à tous nos renoncements, Ciro Esposito fu Vincenzo (Orléans, janvier 1993, reprise au Théâtre de la Bastille et au Théâtre de la Ville à Paris), méditation poétique sur la mort, répétée en résidence à Vierzon dans le cadre de Danses au Centre, renoue avec une danse secrète, "celle des tumultes du désir, des éclats du sensible".

Selon une démarche artistique proche dans ses procédés des Anachronistes italiens, la danse s'attache à "parler un langage qui semble s'éloigner de plus en plus", à éveiller à une autre forme de visibilité. Pour Dècina, "le travail du danseur n'a de sens que s'il touche l'inconscient, que s'il fait surgir une mémoire du corps secrète". Fessure est donnée en avant-première en juillet 1994 au Festival international de danse à Aix-en-Provence : "Ces fissures sont des solos, des duos, des trios, des petits ensembles qui comme des vagues s'entrelacent, se chevauchent, pour nous parler d'une mer plus grande, d'un océan caché derrière les murs, les murs de tous les jours, les murs d'un œil distrait". La même année, il crée Il Banchetto di sabbia pour le corps de ballet du Maggio Danza dans le cadre du 57ème Maggio Fiorentino (Florence), et Ottobre in chiaro e oscuro pour l'Académie Paolo-Grassi de Milan.

En novembre 1995, il met en scène Macbeth de Verdi pour le Teatro comunale de Florence, avec James Conlon à la direction d'orchestre, puis prépare Mare rubato, créée au TNDI à Châteauvallon, et reprise au Théâtre de la Ville à Paris en mai 1996. (1)

Invité en Corée du Sud en octobre 1996, il présente avec Hyonok Kim Sinawui 2000 dans le cadre du 18ème Festival international de Danse de Séoul.

En résidence au Forum culturel du Blanc-Mesnil à partir de novembre 1996, Paco Dècina met en scène Le Marin de Fernando Pessoa, une expérience à la fois théâtrale et chorégraphique, puis organise trois soirées d'hommage à Christian Ferry-Tschaeglé, programmateur au Théâtre de la Bastille, mort le 27 février 1996. Y sont conviés tous ceux dont il fut l'agent artistique ou l'ami : Catherine Diverrès, Carlotta Ikeda, Francesca Lattuada et Jean-Marc Zelver, Regina Martino, Bernardo Montet, Caterina Sagna, Shakunthala et Lee Yanor. Lors de cet hommage, Paco Dècina créait le solo Infini.

En octobre 1997, au Forum culturel du Blanc-Mesnil, il crée Cinq passages dans l'ombre, ou Trasparenze, sur une scénographie réalisée avec la photographe Lee Yanor. Une chorégraphie aux lignes atemporelles, comme une topique de l'esprit et du "sensible" ou une topographie des états ou des lieux d'un préconscient, au seuil de la perception et de la mémoire, et que Rosita Boisseau dans un article du Monde salue comme une chorégraphie paradoxale de l'immobilité.(2)

De Cinq passages dans l'ombre, ou Trasparenze, Dècina extrait une courte pièce, Veli, œuvre primée aux 6ème Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, où il reçoit le Prix d'auteur du Conseil Général. Durant l'été 1998, pour le Festival de Pavullo en Italie, auquel il est convié par la chorégraphe américaine Teri Weikel, il écrit un nouveau solo, Lettre au silence, qui s'offre comme une traversée visible de l'apesanteur, ou comme une coupe d'éternité dans le flux temporel. Il le dansera au Festival des Brigittines à Bruxelles, puis au Centre Beaubourg à Paris notamment.

Pièce pour six danseurs, Huà, un homme vivant face à un homme mort est créée les 29 et 30 janvier 1999, au Forum culturel du Blanc-Mesnil. C'est une recherche autour du thème de la métamorphose, et "du corps comme signe de l'impensé en mouvement". De vastes tableaux aux densités spatiales et aux qualités plastiques proches des textures d'un matériau onirique "s'entre- composent" sur fond d'une nappe dramatique aux variations infimes mais inéluctables, conférant à l'ensemble une atmosphère irréelle. Lors d'une représentation de Huà à la Comédie de Clermont-Ferrand, le quotidien La Montagne suggère que "... l'œuvre de Paco Dècina tient tout autant au refus obstiné de la démonstration qu'à son insistance à écrire l'absence de prétention devant notre propre présence au monde... Le langage du corps sera infini à condition qu'il nous libère du signe et de ses limites didactiques".

Durant l'hiver 2000, au Forum culturel du Blanc-Mesnil, puis en résidence au Centre national chorégraphique de Rennes, il répète une pièce pour deux danseurs. Neti-Neti (Ni ceci Ni cela) est conçue comme une ouverture aux paysages silencieux de l'être...
A son sujet, Irèna Filiberti note qu'avec "une danse pleine, charnelle, fluide, le chorégraphe atteint une simplicité qui tient de l'épure.
(...) A la recherche d'un espace neutre où se dénouent les tensions, les oppositions, Paco Dècina réalise une architecture des corps dont la qualité pacifie sacrément les coeurs
". Interprétée par Valeria Apicella et Paolo Rudelli, l'œuvre est créée le 8 avril 2000 à Porto, au Portugal.








Vision d'un musée vulcanologique ...






Victimes de l'éruption de 79 après J.C.. Fouilles de 1991 Regio I, insula 22 (détail)

















Torre del Greco, Éruption de 1794. Caserta, Palazzo Reale
   

En Italie, invité pour la troisième fois à Florence, il crée, pour le corps de ballet du "Maggio Danza", une chorégraphie sur une partition originale de Franco Battiato. Campi Magnetici est créée le 17 juin 2000 au Teatro della Pergola, lors du 63ème Maggio Musicale Fiorentino. Les costumes sont de Regina Martino, les lumières de Christian Pinaud.

Pièce pour quatre danseurs, Summa Iru est créée à Dieppe le 10 mai 2001. C'est une "machine dramaturgique pour capter et "remonter" le mouvement jusqu'à sa source, là où, de l'abandon, naît la danse", écrit le chorégraphe. Le titre de ce quatuor évoque une formule initiatique qui signifie "restez tranquille, il n'y a rien à faire" en langue tamoule (Inde du Sud).

A propos de Lettre au Silence, Neti-Neti et Summa Iru, Rosita Boisseau écrit dans un article de Télérama : "Il y a le mystère (palpable) d'une danse vécue comme une expérience spirituelle et l'évidence d'un geste juste et beau, parfaitement adapté au corps qui l'interprète. Cette articulation rare de l'âme (…) et de la chair, le chorégraphe Paco Dècina, féru de médecine chinoise et de philosophies orientales, en offre la magie avec une simplicité déroutante : une sorte d'essence de la danse, concentré de vingt ans d'explorations aiguës du mouvement jusque dans ses ramifications les plus souterraines". (3)

Du 6 au 21 février 2002, avec le soutien de l'AFAA et de l'Ambassade de France (Alliance française), la Compagnie effectue une tournée en Inde. Bangalore, Bombay et Chandigarh sont les trois étapes de ce voyage où sont représentés Lettre au Silence et Neti-Neti. A Bangalore, les spectacles sont programmés dans le cadre du Festival Attakkalari (2nd International Festival of Movement Arts – Bangalore Biennal), et à Bombay, durant une semaine, Paco Dècina ouvre son cours qui remporte un vif succès. L'accueil du public et de la critique, chaleureux et intrigué, les rencontres avec de jeunes artistes indiens enthousiastes font de cette tournée en Inde une expérience forte pour la Compagnie. De retour en France, Paco Dècina répète un nouveau solo.

Non era giorno, non era notte (Ce n'était pas le jour, ce n'était pas la nuit) est créé les 26 et 27 mars 2002, à l'Espace des Arts de Chalon-sur-Saône. Avec une grande maîtrise gestuelle, un mouvement continu et très dansé, "le danseur transcende l'ombre et la lumière par des apparitions magiques" soulignent des critiques italiens lors de son passage au Festival Danza Estate de Bergame en juillet 2002.

En septembre 2002, la Compagnie s'agrandit et accueille deux nouveaux danseurs. Paco Dècina prépare Soffio, une chorégraphie pour six interprètes, qui sera créée au Théâtre Paul-Eluard de Bezons les 30 janvier et 1er février 2003. Soffio (souffle) est ensuite joué le 11 mars 2003 au Trident de Cherbourg-Octeville et le 18 avril à la Comédie de Clermont-Ferrand, scènes nationales qui l'ont coproduit. Soffio sera repris au Théâtre de la Cité Internationale à Paris du 23 au 26 janvier 2004, puis en tournée en France et à l'étranger.

Au printemps 2003, la Compagnie est invitée en Afrique Centrale, avec le soutien de l'AFAA, où Lettre au silence et Neti-Neti seront présentés au Gabon, en République Démocratique du Congo, au Cameroun et au Congo Brazzaville. Au cours de ce voyage, la Compagnie organise un stage à Brazzaville avec des danseurs venus de toute l'Afrique Centrale. Les complicités naissent. La Compagnie est invitée à renouveler cette formation en septembre 2003 à Brazzaville. Ce voyage sera également l'occasion d'une résidence de travail autour de la création 2004 de la Compagnie, composée de deux duos, intitulée Intervalle. Créée à Falaise (Calvados) le 11 mai 2004, puis présentée à Artigues-près-Bordeaux et au Centre Chorégraphique National de Nantes, Intervalle est inscrite au répertoire de la Compagnie. En octobre 2004, Intervalle est présentée au Théâtre Komedie de Prague, à la suite d'un stage mené par Paco Dècina avec des danseurs tchèques.

A l'invitation de l'Ambassade de France au Costa Rica, Paco Dècina travaille à la reprise de Soffio avec les danseurs de l'Atelier National de Danse de San José. Cette version de Soffio, a été présentée en ouverture du Festival de Las Artes (Teatro la Aduana San José) le 22 novembre 2004.

A son retour en France, il finalise Cherchant l'inspiration poétique, création pour le Junior Ballet du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, présentée à Paris en décembre 2004 et en tournée.

En septembre 2005, Paco Dècina crée à Prague Salto nel Vuoto, pièce pour 5 danseurs tchèques et slovaques, qui sera reprise à Bratislava en novembre 2005. Dans l'intervalle, la compagnie présentera Soffio en tournée en Amérique Centrale (Honduras, Costa Rica, El Salvador, Panama, Guatemala et Nicaragua).

Dès novembre 2005, Paco Dècina débute pour quatre années une résidence au Théâtre de la Cité internationale à Paris. En mai 2006 il crée Chevaliers sans armure en duo avec Valeria Apicella et, en février 2007, Indigo pièce pour six danseurs.

Le travail d'actions culturelles et de collaboration artistique menées jusqu'en octobre 2009 avec l'équipe du Théâtre de la Cité internationale, a constitué une expérience originale et exemplaire. Son aboutissement fut la diffusion pendant trois semaines de Fresque, femmes regardant à gauche (janvier et février 2009) pièce pour sept danseurs qui a permis la rencontre avec de nouveaux complices artistiques.

Paco Dècina et cette nouvelle Équipe initient en 2010 une résidence de deux ans au Théâtre de Chartres. Avril 2010 verra la création de Sotto Sopra, œuvre pour sept danseurs, suivi en 2011 de Non Finito.

Pour le projet Korrespondance Europe coordonné par Marie Kinsky (association SESTA à Prague), Paco Dècina crée en 2010, Waiting, waiting for... the Night! avec deux danseurs allemands. Ce duo se produira à Prague, Bratislava et Brême, avant de continuer sa tournée.

En 2011-2012, c'est avec le Théâtre 71, scène nationale de Malakoff, que la compagnie tissera des liens, développant en commun des actions artistiques en direction des publics, avant la création en mai 2012 de Précipitations, une pièce chorégraphique en trois volets. Un voyage entre installation plastique, vidéo et musique, où chaque collaborateur artistique, Laurent Schneegans, Serge Meyer, et Fred Malle partagera son univers avec le chorégraphe de façon particulière.

Au cours de l'année 2013, intéressé par l'étude des hauts lieux sacrés, des réseaux telluriques, des ondes de formes, la géo-biologie et, ainsi que par l'impacte de l'organisation naturel et architectural d'un lieu sur l'organisme humaine, il initie un projet artistique mélangeant voix et danse, dans les lieux de patrimoine. Inspiré de la célèbre légende, Arthur est une pièce chorégraphique et musicale où la musique baroque tutoie la danse contemporaine. En collaboration avec Sébastien Fournier artiste lyrique contre-ténor et l'Association Sprezzatura, accompagné par Jay Elfenbein à la viole de gambe ainsi que par Fred Malle à la musique contemporaine, la création a eu lieu dans la trés belle église de Saint-André-de-Bâgè, dans le département de l'Ain. Elle sera bientét en région parisienne dans l'église Notre Dame d'Etampes en collaboration avec le Théâtre de Brétigny-sur-orge, marquant ainsi une résidence de territoire dans le département de l'Essonne pour la saison 2013/2014.

Dans le méme temps, il prépare un nouveau spectacle La douceur perméable de la rosée pour lequel il demande une résidence de recherche aux Ateliers des ailleurs2. Lauréat, il partira pendant 4 mois (de décembre 2013 à début avril 2014) aux Iles Crozet (un archipel des Terres australes et antarctiques franéaises - www.Taaf.fr). De retour il présentera des maquettes sonores, visuelles et gestuelles au Centre Nationale de la Danse en octobre 2014, ainsi qu'à l'île de La Réunion en novembre 2014. Elles formeront la base de la futur création La douceur perméable de la rosée qui sera présentée début 2015 lors d'une nouvelle résidence annuelle au Théâtre 71, scène nationale de Malakoff, puis aux Hivernales d'Avignon, au THV d'Angers, à l'Onyx de Saint-Herblain, et à l'automne 2015 au CND, ainsi qu'au festival Ultra Danse de La Réunion.

(1) Article d'une publication du TCD, 12° Saison 1995/96 avec des citations d'Irèna Filiberti.
(2) Rosita Boisseau, "La quête d'éternité de Paco Dècina, danseur immobile", le Monde du 28 février 1998.
(3) Rosita Boisseau, "Lettre au Silence, Neti-Neti, Summa Iru", paru dans Télérama du 24 au 30 novembre 2001.












Milan, 1987
© Luciana Castellani







Capri, Marico Valente












Bacchus et le Vésuve, fresque de larario da Pompei. Naples, Museo Archeologico Nazionale
 

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